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Tempéraments affectifs : exemples

23/08/2012
Auteur : Dr Hantouche

Cas cliniques > Etude de cas

5 exemples de tempéraments affectifs commentés.

Robert : lʼextravert - hypertymique


Robert, 45 ans, homme d’affaires, a créé trois entreprises. Il se décrit comme une personne de nature optimiste, infatigable, confiant, battant, fougueux, plein d’idées et de projets, sensible aux activités agréables, éloquent, s’amuse, sociable, préférences pour être tout le temps le « boss »….
Cependant, il relate qu’on lui reproche d’avoir souvent la pensée unilatérale (avoir tout le temps le dernier mot), la prise de risque, son côté excessif dans tout (ce qui fatigue les autres qui sont proches), parfois intrusif dans l’intimité des autres (on me dit que je ne respecte pas le territoire psychologique des autres – mais c’est plus fort que moi – je ne le fais pas exprès – ce n’est pas volontaire de ma part)
Dans son enfance, il est surtout décrit comme un enfant de l’action, increvable, aimant le sport, se jetant dans les activités parfois sans réfléchir (limite de l’impulsivité).

Robert a un tempérament hyperthymique, une nature qui aime lʼaction et a le sens inné de commander les autres. C’est l’étoffe des meneurs. Ce sont des personnes physiques plutôt quʼintellectuelles, qui aiment manger et sont plus souvent gourmands que gourmets. Ces personnes attachent une grande importance à leur image et à leur santé, car elles veulent toujours être bien perçues par les autres. Vieillir les angoisse. Les tempéraments sanguins sont égocentriques, et ont besoin de lʼattention de leurs semblables, dʼun public ou de témoins de leurs actes. Il n’est pas donc étonnant qu’ils manifestent une fragilité particulière : l’anxiété de séparation. Il ne faut pas les quitter !

Les personnes du tempérament sanguin sont sensuelles et démonstratives, charmeuses. Elles possèdent généralement un grand sens de lʼhumour. Chaleureuses, elles savent sʼattirer la sympathie des autres et aiment être en compagnie du sexe opposé. Toutefois, elles sont souvent réticentes aux liaisons de longue durée, mais lorsquʼelles sʼengagent dans une relation amicale ou professionnelle, elles sont fidèles. Bien que bons vivants et calmes de nature, leurs colères, bien que souvent bien fondées, peuvent être spectaculaires et intenses.


Marie : une nature dépressive - mélancolique


Marie, 34 ans, assistante de direction, se décrit comme une personne attachée à la routine, timide, peu affirmée. Bien que calme et silencieuse, elle prend les choses à cœur et est sensible aux critiques et aux remarques des autres. Elle se culpabilise facilement et se met en question quand les autres critiquent son travail. Elle préfère travailler pour autrui et semble assez dévouée dans son travail, parfois limite du perfectionnisme et du sacrifice de sa vie intime. Je peux rester au bureau jusqu’à des heures tardives...

Marie a un tempérament dépressif. Ce sont des personnes trop consciencieuses, conformistes et rigoureuses apprécient que les choses soient précises et que les gens soient à lʼheure. Les situations émotionnelles ou personnelles des autres les affectent car elles sont dotées dʼune grande sensibilité. Il sʼagit de personnes habituellement volontaires dans leurs actes mais impatientes qui aiment que les choses aillent vite. Ces personnes extériorisent rarement leurs émotions avec excès et passion. Tout se fait discrètement et souvent avec une certaine retenue. Enfants, ils sont plutôt de nature sensitive et naturellement, difficiles à cerner…

Cʼest souvent des personnes ayant une personnalité complexe. Ils donnent l’impression qu’ils sont en décalage avec leur monde. Dans leur vie émotionnelle, les choses bougent peu. Quand ils ne se sentent pas à leur place, ils ont tendance à se couper tout simplement du contexte ce qui a pour effet d’accentuer leur introversion. Il est important pour eux qu’ils soient reconnus et respectés par les autres. En plus, ils exigent que toutes les marques d’affection soient sincères et authentiques et en temps voulu. Mais comment les obtenir tant que la personne de ce tempérament a du mal à exprimer ses sentiments et ses besoins affectifs. Marie a l’habitude de dire « j’ai l’impression permanente de débarquer dans ce monde qui n’est pas fait pour moi ; j’aurai du naître à une autre époque ! »

Jean : le colérique, cynique et hostile


Jean, 40 ans, est doté d’un « mauvais caractère », selon les dires de son amie. Il est souvent d’humeur Irritable et grincheuse. Il est de nature sceptique et plaintive. Il se montre rarement satisfait et comblé. Il y a toujours quelque chose qui ne lui plaît pas. Il a le don de la critique qu’il considère comme une vertu intellectuelle et un signe de son niveau d’intelligence. Jean s’inquiète de ce qui peut lui arriver comme de ce qui peut arriver aux autres. Il se méfie de tout au point de développer un complexe de persécution. Il a peur des maladies, de la vieillesse, de la mort, de la violence, des foules, de la pollution... Il voit des difficultés partout et a la fâcheuse manie de les amplifier exagérément. Dans les situations intimes, Jean exprime une jalousie pathologique avec une violence émotionnelle assez troublante ; ce qui lui a coûté plusieurs ruptures. Son amie actuelle est au point de rompre.

Jean a un tempérament irritable ou bilieux. Les personnes dotées de ce tempérament réagissent dʼune façon démesurée à des détails insignifiants les concernant. Ce sont des êtres susceptibles et ont tendance de se plaindre et partagent volontiers leurs problèmes comme ceux des autres. Leur humour est de mordant – piquant, ce qui leur porte un préjudice important dans leurs relations amicales et amoureuses.

Même s’ils ne sont pas aussi extravertis que les sanguins, les « irritables » sont forts, positifs et relativement non réservés. Ils peuvent être de petits tyrans, insistant pour Être le chef, le meneur. Avec la maturité, ils apprennent graduellement à respecter les autres. Il y a beaucoup de choses positives à en tirer aussitôt qu’ils apprennent à se contrôler. Ils sont autosuffisants et indépendants, ne souhaitant en aucun cas, se soumettre à l’autorité, à moins qu’ils ne considèrent qu’elle est bien méritée par la personne qui la représente. Ils peuvent être très critiques envers les autres mais également envers eux-mêmes, sachant qu’ils ont des exigences très élevées et qu’ils s’auto-cadrent et s’auto-motivent dans leur accomplissement. Sachez cependant, qu’ils ne tolèrent pas la critique des autres.
Ils sont généralement intellectuels et intelligents avec une forte soif de connaissance et un désir inextinguible de comprendre les subtilités du monde. Ils aiment la performance et la compétence et ils le font avec une telle motivation et une telle passion que l’on ne retrouve pas dans les autres tempéraments. Ils peuvent cependant se retrouver couper de leurs émotions, perdus dans leurs abstractions scientifiques.
Les colériques sont des leaders : ils prennent naturellement le contrôle et savent spontanément quoi faire avec force et endurance. Ils sont très courageux et possèdent une grande force physique, mentale et morale. Ils vivent dans l’action, et si elle n’est pas présente dans leur environnement, il la crée non pas pour se ruer au premier plan comme le font les sanguins. Ils ont néanmoins besoin de reconnaissance et de louanges. Ils adhérent à un code d’honneur assez puissant : ils ne mentent pas et tiennent toujours leurs promesses. Ils détestent montrer leurs faiblesses et leur vulnérabilité. En général, ils attendent des autres qu’ils se comportent de la même manière qu’eux. A mauvais escient, leur force devient intimidation, leur assurance arrogance et leurs critiques sarcasme. Comme pour tous les tempéraments, tout dépend de la manière dont l’individu développe et oriente ces caractéristiques fondamentales.

Louise : lʼinstable - sensible - cyclothymique


Louise, 28 ans, infirmière, célibataire, est une personne de nature très intense et sensible, et parfois très instable. Elle décrit son humeur comme extrêmement labile avec des hauts et des bas, des changements rapides et brutaux de l’humeur, avec des niveaux instables d’énergie, de confiance en soir et des contacts sociaux « Très émotive, je suis une éponge émotionnelle et je peux très facilement perdre le contrôle de mes émotions. Certains disent que je suis impulsive. Je sursaute à n’importe quel bruit et souvent j’ai l’impression que mes sens sont exacerbés. Je me sens facilement en insécurité et un rien peut me déstabiliser. Je n’aime pas être séparée des gens que j’aime et j’ai souvent peur de les perdre. Quand j’aime, c’est pratiquement à la folie – c’est intense, et ça m’obsède grave. Tout va tourner autour de la personne que j’aime...
Louise parle de son enfance – où déjà elle expérimentait la sensibilité, l’émotivité, la sensorialité raffinée, la différence par rapport aux autres – j’étais une fan des câlins et de la tendresse – j’adorais notre maison et l’ambiance agréable et chaleureuse – c’était un déchirement de m’éloigner de cette ambiance – même pour aller à l’école…
Louise a un tempérament cyclothymique, caractérisé par ces cycles continuels de hauts et de bas qui affectent les niveaux d’humeur, des pensées, d’énergie et d’activité.
Apparemment, Hippocrate et Galien ne m’ont pas intégré dans leur typologie basique. Suis-je en dehors des tempéraments naturels ? suis-je d’office pathologique ou une mixture spéciale des 4 tempéraments ?

La Cyclothymie est un tempérament complexe incluant des traits d’intensité, de réactivité excessive, de mixité avec des affects positifs et négatifs (qui s’alternent ou co-existent en même temps) mais surtout d’instabilité, par opposition à l’Hyperthymie, tempérament intense, hyperactif plus que réactif et surtout stable – ce qui lui confère cette propriété de protéger la personne contre les troubles mentaux et la dépression.
En raison des variations cycliques et continuelles d’humeur et d’énergie, de la sensibilité accrue, d’une émotion intense à fleur de peau, les peurs et les soucis les plus classiques et universels se retrouvent décuplés, comme mises sous une loupe immense ou comme des coups reçus en pleine figure sans protection. Si l’on devait résumer la cyclothymie, on pourrait dire que c’est un amplificateur de toutes les émotions et de tous les ressentis humains. Contrairement aux personnes non cyclothymiques, ce ne sont plus quelques idées qui tournent de temps en temps dans l’esprit, mais des pensées intenses qui font mal – des blessures intérieures qui résultent de ces pensées, des crises de colère, des disputes ou des déprimes… dont les conséquences ne font qu’attiser cette machine émotionnelle, la relancer, l’aggraver, et ainsi de suite pour faire refaire tous le temps les mêmes scénarios, les mêmes schémas de vie. En d’autres termes, des blessures constamment ravivées.
Il n’y a aucun doute que le tempérament cyclothymique représente le profil le plus complexe et pathologique des tempéraments affectifs. Il ne figurait pas parmi les 4 tempéraments de base. Comme si ce tempérament défie la nature et se situe d’emblée comme une variante de la maladie bipolaire ou comme un déterminant pré-bipolaire (facteur de risque de développer un trouble bipolaire). Il est donc le plus proche des troubles bipolaires. Selon nos recherches, la cyclothymie caractérise une forme particulière de bipolarité. On comprend maintenant pourquoi ce tempérament ne faisait pas partie des tempéraments basiques dans la théorie humorale d’Hippocrate.

Dans notre expérience, il est rare de constater la présence d’un seul tempérament dominant, à part l’hyperthymique. Ainsi, on peut observer une multitude de configurations notamment le tempérament cyclothymique anxieux dépressif, le tempérament hyperthymique cyclothymique, le tempérament hyperthymique irritable et ce que je désigne par tempérament « arc-en-ciel ».

Sandrine : le tempérament arc-en-ciel


Sandrine, 23 ans, étudiante en droit, se décrit comme une de nature anxieuse depuis l’adolescence sans déclencheur. Cette instabilité thymique est source de souffrance, l’empêchant de mener une vie stable et sereine et de maintenir de l’enthousiasme pour de nouveaux projets. Elle alterne entre des cycles dépressifs de deux semaines (fatiguée, irritable, suicidaire et ralentie) et des cycles d’hypomanie durant une semaine. De plus, bien que l’humeur dominante soit vers le bas, des oscillations journalières sont également relevées, dépendant du contexte environnemental. Les périodes dépressives sont souvent présentes lors des périodes d’examens et associées à de l’angoisse assez importante, empêchant la patiente d’étudier. En plus des cycles thymiques, on note une grande consommation d’alcool et du cannabis – des frénésies alimentaires avec des avec vomissements (périodes de plus de 10 vomissements par jour), des crises de colères, des violences physiques envers ses parents et son frère ou des objets qu’elle casse – des automutilations (scarifications par lame de rasoir, couteau, compas…) – et surtout un trouble assez handicapant, un TOC prenant environ 3 heures par jour : je range tout doit être symétrique, j’amasse et ne jette rien - besoin de toucher les objets d’une certaine manière, besoin de poser des questions et d’être rassurée, peur d’être contaminée, obsessions agressives (quand est au volant), peur qu’il arrive des catastrophes, superstition et pensée magique (exemple : ne prend pas la ligne 13 du métro car porte malheur, ni la 4 car mal fréquentée ; nombres pairs et certaines lettres en lien avec la superstition). On relève également la présence de trichotillomanie.
Sandrine déclare « je suis une personne capable et intense, mais défaut c’est de se dire toujours « plus tard », « pas maintenant, je suis occupée – curieux, j’ai toujours l’impression d’être occupée » et en même temps, je finis par faire beaucoup de choses…
Côté émotionnel, je suis un vrai caméléon – qui s’adapte, varie, camoufle, étonne… - mais toujours dans le drame et l’intensité – j’oscille entre être victime ou endosser le rôle du bourreau – j’ai du mal à me définir : rationnelle, intuitive / intelligente – nulle / sociable – sauvage / Je sais m’y prendre avec les gens, mais ce n’est jamais durable – mais quand les choses tournent mal, c’est la catastrophe… Je ne sais pas d’où vient ce mélange dans ma personnalité – probablement mes gènes : mère narcissique, instable et violente qui me frappait jusquʼà mes 13 ans ; frère anxieux et perfectionniste ; oncle maternel dépressif qui s’est suicidé par défenestration et enfin une grand-mère maternelle bipolaire ».

Ces personnes avec le tempérament « Arc-en-ciel » possèdent pratiquement l’ensemble des traits, parfois à des niveaux extrêmes – souvent ce sont des individus de sexe féminin – les patients de sexe masculin ont plus fréquemment un profil tempéramental dominant. Les personnes avec tempérament arc-en-ciel ont toutes les qualités mais aussi tous les défauts des 5 tempéraments. Leurs forces deviennent des faiblesses et souvent quand elles consultent, on retrouve une co-morbidité complexe (en moyenne plus de 5 troubles). En plus des dépressions récurrentes, ces femmes souffrent d’un vécu d’insécurité persistante au sujet de la santé, de l’apparence, du regard des autres et de la confiance en soi. Elles se déclarent ainsi inquiètes, soucieuses, anxieuses, phobiques, timides et obsessionnelles. En plus, elles sont des frénésies alimentaires, des achats compulsifs, des comportements répétés comme des grattages, des arrachages de poils ou cheveux… Malgré cette co-morbidité, elles arrivent à sauver la face, à s’intégrer dans la société, à occuper des professions et des responsabilités importantes... La fragilité cyclothymique est compensée par l’intensité et l’efficacité de l’hyperthymie.

septembre 2012