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Carole progresse en amour

29/11/2011
Auteur : Melle Majdalani

Cas cliniques > Etude de cas

Une progression dans la manière dʼaimer qui tourne autour dʼune constante : le besoin dʼêtre aimé.
Carole a 35 ans ; elle est célibataire et sans enfants. Elle aurait tellement aimé être mariée et mère de plusieurs enfants. Elle est cyclothymique, et son humeur est stabilisée depuis environ deux ans. Ce sont ces relations amoureuses qui posent problème aujourd’hui.

Une mission

Dans les différentes relations amoureuses qu’elle a pu expérimenter jusque-là, un schéma est récurrent. Même si les hommes qu’elle aimait ne se ressemblaient pas du tout (ils changeaient de nationalité, d’âge, de statut socioprofessionnel), ils avaient tous le même point commun : ils cherchaient à se valider dans la vie, ils avaient besoin de reconnaissance et surtout ils avaient besoin de prouver qu’ils sont capables d’être aimés, malgré et envers tout. Voilà donc la mission involontaire qu’elle s’est auto assigné : leur prouver que c’était possible par la force de l’amour qu’elle portait pour eux.


Elle a donc alterné entre des rôles où elle acceptait de changer d’identité: comme étouffer son intensité émotionnelle, aplatir sa manière d’exister, pour plaire à l’autre. Derrière son comportement, se cachaient sa soif d’être aimée, mais aussi d’infirmer l’hypothèse enfouie au fond d’elle, de son incapacité à être aimé. D’ailleurs, elle n’a jamais jusque-là, vraiment compris pourquoi, sachant qu’elle venait d’une famille aimante.


Points communs ?

« Il est difficile de trouver des points communs chez mes ex, mais j’ai finalement accepté de voir que je sortais toujours avec des hommes à qui je plaisais et qui me choisissaient. Vous pourriez penser que c’est classique mais ce n’est pas vraiment le cas. En réalité, dès lors qu’il a un bon petit CV, en fonction de mes exigences du moment (J’ai eu ma période où j’étais attirée par les « bad boys », puis par les intello, puis par les vieux à carrière, puis par les p’tis jeunes, qui reste ma dernière conquête) et sans chercher à aller plus loin et à en savoir davantage sur lui je me mettais avec lui ».


Des relations différentes

Elle a vécu, plusieurs types de relations :

  • Des relations où son partenaire, malgré l’amour qu’il lui portait, a voulu se séparer d’elle parce qu’elle a exercé une pression inadaptée sur l’évolution de la relation
  • Des relations où son partenaire n’était pas sûr de l’aimer et voulait le vérifier
  • Des relations où elle a aimé son partenaire, qui l’a aimé en retour mais son degré d’exigence et parfois de tyrannie était tel qu’elle s’est complètement perdu de vue.
  • Besoin d’être aimé

    Vous l’avez, peut-être deviné, que si son histoire fait écho en vous, c’est en grande partie à cause du besoin d’être aimée, de cette soif quasi insatiable, qui a façonné sa manière d’entrer en relation avec les autres tout le long de sa vie amoureuse.
    Elle avait une peur bleue d’être quittée, dès lors que s’installait un début de sentiments. Elle a adopté différents types de comportements face à cette peur. Elle a voulu se protéger et elle l’a fait de plusieurs manières :


    Sentiments uniquement

    « Au début de ma carrière émotionnelle, j’étais encore très timide, je pensais que faire l’amour, signifiait engager tout son être et le donner à l’autre. Je trouvais cela très dangereux. On lui donnait déjà des sentiments, donc je me suis abstenue d’avoir des relations sexuelles, durant de longues années. Le sexe, avec l’intensité que cela pouvait engendrer me terrorisait ; de plus, je craignais de découvrir que j’étais une « salope » et que j’aimais vraiment ça. Les digues ont été ma première défense, face à une libido ultra abondante.


    Les hommes finissaient par me quitter car nous ne faisons toujours pas l’amour »


    Bouclier émotionnel

    « et puis à un moment, assez tardif, comparé aux femmes de mon âge, j’ai passé le cap de la sexualité et j’ai réussi enfin à faire l’amour. Et comme prévu, j’ai adoré ça. Sauf, que je me suis préservée, avec un espèce de bouclier émotionnel, des sentiments que je pouvais avoir. Je couchais avec, ça me paraissait déjà énorme en intensité, je n’allais pas non plus rajouter l’intensité des sentiments, je craignais une explosion nucléaire.


    Mon copain de l’époque m’a quittée me disant, qu’il trouvait que j’étais parfaite mais qu’il n’avait pas vraiment l’impression de me connaître vraiment, il m’a littéralement dit qu’il « trouvait que je faisais hypocrite, même si au fond de lui, il savait que je ne l’étais pas ». Il a enfin rajouté que « j’étais parfaite mais il n’était pas amoureux de moi, comme il ne me connaissait pas vraiment »


    Il m’a quitté car je ne me suis pas assez révélée (alors que pour moi c’était beaucoup).


    Histoires légères

    « S’en est suivi une période où pour la première fois de ma vie, je me suis mise à avoir des relations amoureuses très légères, des coups d’un soir où j’embrassais des hommes en boite de nuit, des hommes beaux que je n’ai jamais souhaités revoir.


    Je n’ai plus eu envie de m’investir dans des relations car ce n’était pas assez ce que j’avais donné ».


    Ma loi

    « Puis arrive une période où je me suis mise à sortir avec des hommes en faisant tout à ma tête, aucun compromis, j’impose ma loi et s’il n’était pas d’accord avec ma manière de faire, je les congédiais aussi rapidement qu’il m’en avait parlé. C’était génial, je me sentais toute forte. Quel vrai bonheur de ne plus se sentir, poings et mains ligotées par la peur. Ma peur s’est juste volatilisée…mais un mode relationnel qui a fini, par me lasser car j’avais fait beaucoup de peine à un ex qui était tombé raide dingue amoureux de moi et qui a trop souffert quand je lui ai annoncé que je le quittais ».


    Emotions libérées

    « Puis j’ai rencontré Jacques, un homme avec qui j’ai eu une brève relation, mais où mes émotions se sont comme libérées. Imaginez-vous un lâcher d’émotions qui débordent de partout. Je suis tombée amoureuse de lui avant même d’avoir compris qui il était vraiment. Il m’a fait vibrer comme personne auparavant, j’adorais son odeur. J’ai déversé toutes mes émotions retenues prisonnières depuis de longues années sur lui. Une relation assez brève où après quelques mois, il s’est mis à prendre de la distance par rapport à moi, à vouloir sortir davantage avec ses potes, à ne pas répondre à mes appels téléphoniques. Ça m’a rendu dingue. Je devenais hystérique quand je n’arrivais pas à l’avoir en ligne, j’appelais toutes mes copines, et je pleurais jusqu’aux premières matinales toutes les larmes de mon corps. J’ai finalement décidé de le quitter et au moment, de se séparer, il m’a dit ne m’avoir jamais aimé. Je pense que c’est la pire chose qu’on ne m’ait jamais dite de toute ma vie. Après notre séparation, je suis descendue au fur et à mesure des jours, les marches de l’enfer, et j’y ai plongé avec allégresse. Il est devenu une obsession. Je pensais en permanence à lui, sans vraiment le vouloir. Des pensées intrusives envahissaient mon esprit à longueur de journées et de nuits. Comme mon thérapeute l’a suggéré, je n’ai plus cherché à chasser ces pensées, et elles se sont amenuisées avec le temps. J’ai réussi à regagner la vie des humains ».


    Ma dernière histoire

    « Et ma dernière histoire est certes la plus belle, mais pas la plus facile non plus. J’ai vécu, pour la première fois une histoire où je me ressentais sereine, mon ami me plaisait et je lui plaisais aussi. Il est tombé amoureux de moi et je suis tombée amoureuse de lui. Nous coulions des jours heureux, peut-être un peu. Il m’aimait comme je rêvais d’être aimé et je l’aimais en retour »



    janvier 2012