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Achats compulsifs : une addiction cyclothymique

1/01/2008

Cas cliniques > Diagnostics difficiles

Témoignage de Lilli - victime des achats pathologiques
Étant plus jeune (j’ai â présent 34 ans), j’ai évolué dans un contexte familial où ’argent se dépensait sans limites ni restrictions.
Un père qui avait des moyens conséquents, qui dépensait â sa guise et qui ne me refusait jamais quoique ce soit.
Une mère qui n’avait pas les moyens mais qui ne savait pas s’imposer de limites (interdits bancaires, crédits â la consommation, etc). Une mère qui ne me refusait rien non plus et je peux préciser ici, au passage, qu’elle avait/a un trouble cyclothymique, mais non diagnostiqué.

Mes parents m’ont élevée séparément et ne m’ont jamais inculqué la valeur de l’argent, de l’épargne et ce que pouvait représenter une sécurité financière.
J’aurais pu ne pas marcher sur leurs pas mais c’est ce que je fis, avec tout le cortège de découverts, d’interdits bancaires, d’emprunts d’argent â des amis, etc. Jusqu’ici, j’imagine pas besoin d’avoir un trouble cyclothymique pour se comporter de la sorte?

Lâ où intervient selon moi la maladie, c’est ’impossibilité de ne pas dépenser alors que je n’en ai pas le besoin ou les moyens et ce besoin incéssant de dépenser ’pour autrui’, énormément. Sans aucun doute ma grande faille psychologique, la peur de ne pas être aimée et au final d’être abandonnée.

Les achats compulsifs sont pour moi une addiction et je ne peux pas aller â ’encontre de cette addiction.

Exemples de dépenses excessives ’pour les autres’ et compulsives:
- Je rentre dans une bijouterie pour m’acheter une chaîne en argent â 20 euros, je ressors avec une montre pour mon mari (â ’époque) â 900 euros!
- Je suis au restaurant avec des amis, je ne peux m’empêcher de payer pour tout le monde.
- Je vois un sdf dans la rue, je ne donne pas 1 euro mais 20 euros.
Je suis dans ’excès de générosité et ne peux m’en empêcher.
Exemples de dépenses compulsives pour moi:
- Je n’ai pas besoin d’une paire de chaussure, j’en achète une paire quand même et de plus, elle ne me plaira plus le jour suivant.
- J’achète du maquillage dont je n’ai pas besoin et que je finirais par donner.
- J’ai besoin d’un bouquin, cd, dvd, je finis par en acheter 6.
- Je consulte toujours Ebay, ’enfer ou le paradis selon, pour acheter encore et toujours tout et n’importe quoi.
- J’achète beaucoup sur le net car ’action d’acheter est ultra rapide.
Je crois que ce besoin compulsif était une façon pour moi de me remplir, remplir un vide, lequel, je ne sais pas. Un vide que j’ai â ’origine mais qui je pense (?) n’a rien â voir avec la maladie, mais que la maladie a fortement fait ressortir et accentué.
Je dois tout de même préciser que même si j’ai écrit ce témoignage au présent, je ne suis plus ’acheteuse compulsive que j’étais il y a encore peu.

Mon diagnostic de Cyclothymie, mes recherches intensives sur le sujet, la psycho-éducation, des échanges fructieux avec mes proches et une importante et vitale prise de conscience que je dois â moi-même, ont permis que mon comportement change.

Désormais avant un achat personnel, je me pose 2 questions:
1) En ai-je Vraiment et Réellement besoin?
2) En ai-je les moyens?
Si une des 2 questions est négative, je n’achète pas.

Désormais avant un achat ’pour autrui’, je m’impose 2 facteurs:
1) Le prix doit être approprié â ’évènement.
2) Cet achat doit rentrer dans mon budget.

Enfin, tous les mois, lorsque je reçois mon salaire, je fais 2 enveloppes (où je reste objective et raisonnable en même temps):
1) Une enveloppe Budget Sorties et Plaisirs.
2) Une enveloppe Budget Alimentation.

Le reste, Loyer, Factures, sont retirés sur mon compte et ma Carte Bleue reste dans un tiroir, je ne sors JAMAIS avec et je n’achète PAS sur le net.

Le Plaisir de voir qu’il me reste de l’argent sur mon compte â la fin du mois est bien plus grand que celui que m’apportait ’achat compulsif ou non.

Une dernière chose très importante, j’ai finalement réalisé que je n’avais plus besoin de dépenser mon argent ’pour les autres’ pour qu’ils m’aiment et je n’hésite plus (sans être grossière bien sûr) â demander le partage de l’addition lorsque celle-ci se présente.

Le Y’a qu’â-Faut qu’on, ne sert â rien pour se débarrasser d’une addiction. C’est souvent, un long travail sur soi, d’introspection, de réalisation, d’humilité et d’acceptation de l’aide d’autrui qui fait que ’on peut parvenir un Beau jour â cette libération tant attendue.

Témoignage de Lilli - créatrice du blog ’Cyclothymie : to be or not to bipolaire’http://cyclothymie.over-blog.com/
On ne sait pas si le blog de Lilli est toujours fonctionnel ?