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02 : descente aux enfers


37 : Lʼangoisse ! Quelle soeur jumelle !36 : Quelques moments de sérénité dans un monde35 : une vie vraiment difficile34 : Maudite hypersensibilité33 : La MDPH me refuse encore un emploi protégé32 : J’écris sous le coup de la peur. 31 : Moi, les autres, le boulot30 : Une souffrance qui n’a pas de nom29 : Prescrivez moi une autre personnalité28 : mes conseils sur la prise des médicaments27 : Je reprends mon journal26 : j’ai besoin de mon day-dreaming25 : L’angle de vue de ma maladie évolue avec le temps24 : Un fond d’angoisse et d’insatisfaction23 bis : guérir au dépend d’une partie de mon imagination23 : patient partenaire22 : Je relis ce que j’ai écrit il y a des années21 : Besoin de construire un présent, penser au futur20 : Je suis stable, mais...19 : Ecrire, çà me déprime18 : Ma réactivité aux psychotropes17 : La question de la dysphorie me tarabuste encore16 : La maladie est une expérience de ma vie15 : rechutes, TOC, délire, insécurité, détresse14 : Chauffarde de la vie13 : La maladie bipolaire serait-elle fatalement le malheur de l’autre ou la déchirure du couple ?12 : Un peu de sagesse pour réduire la chimie de mon traitement11 : Je participe à un forum10 : L’art d’être la seule personne â me comprendre09 : J’en ai marrrrrreeeeeeeuuuuuuu !!08 : couple atypique ?07 : suis-je en dehors des conventions d’une maladie normale ?06 : une journée typique qui se répète05 : Je donnerais n’importe quoi pour sortir de ce puits sans fond04 : Aujourd’hui c’est la tristesse qui me fait écrire03 : Pourquoi autant de plaintes sans fins ?02 : Des petits matins où le café n‘a pas le même goût 01 : Comment être bipolaire aujourdʼhui

02 : descente aux enfers

1/01/2008

Témoignages > Cyclothymie > Chroniques d’une cyclothymique

Rock and Roll? Ma vie est rock and roll.
Partie 2


Je travaillais vite fait dans une Université â cette période, comme en ce moment encore d’ailleurs. J’étais contente, je gagnais un peu ma vie. Et puis j’avais rencontré un mec. Un mec avec qui je passais le temps, souvent le jeudi soir d’ailleurs. Ca avait commencé de manière spontanée avec lui aussi. Comme très souvent, c’est moi qui l’avait branché. C’est clair que je lui ai fait du rentre dedans, mais parce que je le sentais assez réceptif aussi, faut dire.
Un soir, je lui envoie un sms, et je lui demande ce qu’il fait. Il me dit de passer. Il est déjâ tard?Je dîne avec Clément â ce moment-lâ , alors je lui demande s’il croit que je dois y aller. Il me dit de faire attention. L’autre habite loin, en banlieue. Moi, je suis une vraie parisienne, du Marais. Je m’aventure pas souvent en banlieue si tard.
Je joue avec mon portable, j’hésite, mais j’ai envie d’y aller, me laisser aller.
Je lui demande son adresse, c’est décidé, j’irai. Je vais prendre un taxi, tant pis si je paie cher.
Tout s’est décidé en une heure. Je devais passer une soirée tranquille avec Clément, et me voilâ dans un taxi en direction de Houilles.
Houilles, l’angoisse, c’est quoi ce nom ?
Bref, je me confie au conducteur, je lui raconte ma vie, mon angoisse de débarquer chez un mec que je connais pas tant que ça. Et si c’était un traquenard. S’il me posait un lapin, ou qu’il m’attendait avec trois potes pour me sauter dessus ? Il fait nuit, il est plus d’une heure du matin. Le conducteur est sympa il me dit qu’il attendra que je sois bien en sécurité avant de repartir.
Je paie quand même 36 euros.
Ouf, ça va, l’autre est bien au rendez-vous. Il a l’air un peu éméché mais bon. On passe une bonne soirée. J’apprends qu’il se drogue. Et comme une conne, je baise avec lui sans capote. Gros stress ensuite. Ca va, il est cool, il accepte de faire le test direct. Je m’en sors bien, il a rien, moi non plus.
Quelque temps plus tard, mon contrat se termine, je me retrouve seule â la maison. Finie l’euphorie, plus de raison de se lever le matin. Je commence â sérieusement m’ennuyer. L’ennui. Ma plus grande compagne? Je la connais bien, j’ai eu le temps de l’étudier â fond. Elle m’a même bien écrasée de son poids étouffant. Je me suis sentie dégringoler. Comme tirée vers le bas. Enchaînée â une sorte d’inévitable descente aux enfers.
Je commence par pleurer.
Pleurer sans savoir pourquoi je pleure. Je suffoque.
Je suis spectatrice de ce qui m’arrive â ce moment-lâ . Je ne comprends rien, je constate simplement que je suis impuissante, que rien ne me console.
Ma mère est lâ , présente comme toujours, fidèle alliée depuis maintenant si longtemps. Elle ne peut que m’écouter, sécher mes larmes, mais c’est tout. Je me lève, je m’assied â ses côtés et je pleure. Je commence â avoir mal au ventre. Un peu comme si on creusait un trou â l’intérieur de moi, qu’on m’avait vidée de mes entrailles et recousue. Qu’on cherchait un trésor ou plutôt qu’on remuait la merde.
Et puis, ça dégénère. Je me sens vidée, je commence â distinguer le manque d’envie. La pire des choses qui me soit arrivée. De n’avoir envie de rien.
Rien. L?envie de rien.
Je sens que ça dégouline en moi, comme des pleurs internes. Je ne ressens plus rien d’autre qu’une lente tristesse. Un sentiment d’inutilité. Alors, je me couche. Je reste couchée. Je n’arrive ni â lire, ni même a regarder les conneries â la télé. Si, un soir, j’arrive â m’accrocher au patinage artistique. Pas besoin de suivre. Mais j’éteins avant la fin. Je peux pas.
Je cherche le sommeil, mon seul répit. Quand je dors je ne me rends compte de rien. Je dors pour oublier, pour que ça passe plus vite.
Le matin, c’est le pire, je me dis qu’il y a une journée de plus â tirer. Je me lève quand même, je me lave et puis je me recouche. J’attends le soir avec impatience, pour pas culpabiliser d’être couchée. Tous les jours le même rituel. Je suis un zombie.
Je n’ai envie de rien.
Avec un bon traitement, je reprends le dessus, mais depuis c’est la crainte, l’angoisse de voir réapparaître l’ennui. Toujours cette peur au ventre qui m’interdit d’oublier. Je sens qu’il ne faudrait pas grand chose pour que je revive l’enfer? Le soir, je me couche tôt pour oublier en fait. Oublier que je suis seule. Que ma vie ne ressemble pas â ce que je voudrais.