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16 : chagrin d’amour propre


37 : Lʼangoisse ! Quelle soeur jumelle !36 : Quelques moments de sérénité dans un monde35 : une vie vraiment difficile34 : Maudite hypersensibilité33 : La MDPH me refuse encore un emploi protégé32 : J’écris sous le coup de la peur. 31 : Moi, les autres, le boulot30 : Une souffrance qui n’a pas de nom29 : Prescrivez moi une autre personnalité28 : mes conseils sur la prise des médicaments27 : Je reprends mon journal26 : j’ai besoin de mon day-dreaming25 : L’angle de vue de ma maladie évolue avec le temps24 : Un fond d’angoisse et d’insatisfaction23 bis : guérir au dépend d’une partie de mon imagination23 : patient partenaire22 : Je relis ce que j’ai écrit il y a des années21 : Besoin de construire un présent, penser au futur20 : Je suis stable, mais...19 : Ecrire, çà me déprime18 : Ma réactivité aux psychotropes17 : La question de la dysphorie me tarabuste encore16 : La maladie est une expérience de ma vie15 : rechutes, TOC, délire, insécurité, détresse14 : Chauffarde de la vie13 : La maladie bipolaire serait-elle fatalement le malheur de l’autre ou la déchirure du couple ?12 : Un peu de sagesse pour réduire la chimie de mon traitement11 : Je participe à un forum10 : L’art d’être la seule personne â me comprendre09 : J’en ai marrrrrreeeeeeeuuuuuuu !!08 : couple atypique ?07 : suis-je en dehors des conventions d’une maladie normale ?06 : une journée typique qui se répète05 : Je donnerais n’importe quoi pour sortir de ce puits sans fond04 : Aujourd’hui c’est la tristesse qui me fait écrire03 : Pourquoi autant de plaintes sans fins ?02 : Des petits matins où le café n‘a pas le même goût 01 : Comment être bipolaire aujourdʼhui

16 : chagrin d’amour propre

1/01/2008

Témoignages > Cyclothymie > Chroniques d’une cyclothymique

Rock and Roll… Ma vie est Rock and Roll.

Au début avec Jacopo, je l’imaginais comme mon jumeau, mon double, puisqu’on est né le même jour. Je trouvais qu’on se ressemblait pas mal.
De moins en moins, même si je sais que moi, je cherche â lui ressembler. La musique qu’il écoute, ce qu’il aime cinématographiquement, ses lectures, bref ses goûts deviennent les miens par procuration. Je m’imbibe de sa personnalité. Parce que j’aimerais lui plaire encore plus. Je sais que je suis crétine.
C’est bien pour ça que, des fois, je cherche ma propre personnalité ailleurs. Mais c’est pas brillant. Je suis facilement perdue.
Je reviens toujours â ses goûts â lui.
Lui, quand il me parlait de son ex, il me disait qu’il voulait ETRE elle. Moi, je ne suis pas aussi timbrée, je veux juste être AVEC lui. Qu’il m’apprenne des choses, devenir un peu son double. Mais pas prendre sa place.
Quoi que , j’ai bien embrassée une fille pour savoir ce que ça lui faisait â lui, quand il embrassait son ex… Oui, tout ça est bien alambiqué, je le concède.

Est-ce qu’on aurait un complexe d’infériorité l’un et l’autre ? Un complexe qui nous attire vers des gens qui ne nous admirent pas ?
Plus de Pamplelune de Guerlain, obligée de finir un flacon d’un parfum qui sent le bébé. Pas désagréable, mais moins moi.
Je suis acidulée. Pas très sucrée. Encore moins ambrée.   
J’ai cette bizarrerie d’effacer systématiquement la liste des derniers appels ainsi que  tous les sms qu’on m’envoie sur mon portable. Mes mails aussi. Comme si j’avais peur de ne plus en recevoir d’autres sinon. Comme pour ne jamais rien prendre pour acquis. Lorsque Jacopo m’envoie des sms, on pourrait se dire qu’avec cette façon que j’ai de l’aimer, je garderai ces messages comme des petits trésors…Et bien non, j’efface aussitôt. J’ai trop peur que ce soit le dernier…Et puis je me connais, sinon, je regarderai sans cesse le message des centaines de fois, je me creuserai les méninges pour y déceler toutes les interprétations possibles.
Il n’y a donc aucun historique nulle part…

Mon ventre est gros et gras, plein de bourrelets. Je camoufle bien, mais je sens comme des vagues de graisses sur mon corps. Je me dégoûte. Et plus je me dégoûte plus je craque et je mange. Il n’y a que quand j’ingurgite que je me sens bien. Je me remplis. Je ne suis pas boulimique, je ne pense pas, j’aime juste trop la bouffe. Il n’y a que ça et l’amour qui me fasse tenir â cette petite vie.
Jacopo rentre bientôt…Je sais qu’il va encore mettre du temps avant de me demander â me voir. J’attendrais, je ne craquerai pas la première, je me le suis dit. Je suis sûre qu’il a oublié de me ramener un cadeau.
Pas grave. C’est pas si important. Même si moi, j’aurai pas oublié.

Je me masturbe. Seule raison d’encore exister. Me redonne l’impression que tout n’est pas fichu. Moment de répit. Le plaisir de me contenter me permet d’oublier momentanément qui je suis. Malheureusement, les méchantes idées m’empêchent de profiter de ce moment comme je le voudrais. Obligée de les chasser puis de me relaxer pour me déculpabiliser.
Je le sens revenir. J’appréhende ma réaction. Vais-je retomber dans l’addiction la plus complète, les journées â attendre un signe de la part de Jacopo ?
Je lance des roquettes â distance alors qu’il faut que je me calme.
Je le bombarde de réflexions narquoises qui me soulagent sur le moment mais ne font qu’empirer la situation. Pourquoi je fais ça ? Je sais que ça me porte préjudice mais souvent je ne peux pas m’empêcher de l’insulter, comme si la frustration de l’attente me dirigeait entièrement.
Miracle, couchée vers minuit, regardé Sex and The City.
Je m’ennuie.

Je reste â rien faire, je traîne en pyjama, je mange, je dors, désolée de me répéter mais c’est invivable. Même pas l’envie de me motiver. Perdue l’énergie. Je feuillète un livre pour le refermer aussitôt.
Ma mère, ma seule amie. Je m’en veux de lui imposer ce fardeau. Elle m’entend me lamenter, je lui balance des horreurs â la gueule comme « je vais me tirer une balle, j’en ai marre…La vie ne m’intéresse pas, je ne sers â rien, je suis de trop dans ce monde… ».
Pauvre maman.
Pauvre papa aussi.