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06 : Le fardeau des dépressions bipolaires


37 : Lʼangoisse ! Quelle soeur jumelle !36 : Quelques moments de sérénité dans un monde35 : une vie vraiment difficile34 : Maudite hypersensibilité33 : La MDPH me refuse encore un emploi protégé32 : J’écris sous le coup de la peur. 31 : Moi, les autres, le boulot30 : Une souffrance qui n’a pas de nom29 : Prescrivez moi une autre personnalité28 : mes conseils sur la prise des médicaments27 : Je reprends mon journal26 : j’ai besoin de mon day-dreaming25 : L’angle de vue de ma maladie évolue avec le temps24 : Un fond d’angoisse et d’insatisfaction23 bis : guérir au dépend d’une partie de mon imagination23 : patient partenaire22 : Je relis ce que j’ai écrit il y a des années21 : Besoin de construire un présent, penser au futur20 : Je suis stable, mais...19 : Ecrire, çà me déprime18 : Ma réactivité aux psychotropes17 : La question de la dysphorie me tarabuste encore16 : La maladie est une expérience de ma vie15 : rechutes, TOC, délire, insécurité, détresse14 : Chauffarde de la vie13 : La maladie bipolaire serait-elle fatalement le malheur de l’autre ou la déchirure du couple ?12 : Un peu de sagesse pour réduire la chimie de mon traitement11 : Je participe à un forum10 : L’art d’être la seule personne â me comprendre09 : J’en ai marrrrrreeeeeeeuuuuuuu !!08 : couple atypique ?07 : suis-je en dehors des conventions d’une maladie normale ?06 : une journée typique qui se répète05 : Je donnerais n’importe quoi pour sortir de ce puits sans fond04 : Aujourd’hui c’est la tristesse qui me fait écrire03 : Pourquoi autant de plaintes sans fins ?02 : Des petits matins où le café n‘a pas le même goût 01 : Comment être bipolaire aujourdʼhui

06 : Le fardeau des dépressions bipolaires

31/12/2008

Témoignages > Amour, sexe, couples > Couple bipolaire

Et nos dépressions duraient, duraient, duraient. Lʼhiver arrivait et la dépression aussi.
J’appris par la suite qu’un bipolaire ascendant dépressif passe 90% de son temps en dépression contre 10% en période haute. Charmant. Je suivais sagement les modifications de traitement préconisées, "pour voir" et Stéphane avalait scrupuleusement son antidépresseur, en espérant. Au bout de quelques mois, je finis par l’attraper par l’aileron et l’emmener avec moi chez Hantouche. Une idée, comme ça. Nos états étaient tellement similaires, qui sait ? Et comme une de ses soeurs est bipolaire... Nous partageâmes le rendez-vous et la conclusion fût qu’il était juste dépressif. Il repartit quand même avec un thymorégulateur, mais ça se faisait, d’en prescrire pour renforcer l’effet des antidépresseurs quand la dépression résistait.

Un mois, deux mois, trois mois passèrent. Sans résultats pour l’un ni pour l’autre. Cette fois, nous primes chacun notre rendez-vous. Nous eûmes chacun notre modification de cocktail. Cela nous amusa beaucoup. Une complicité de plus. Officiellement, Stéphane était toujours dépressif simple. Moi, j’avais quelques vagues doutes, mais très vagues.

Survint la récidive du cancer de mon père puis sa mort, quelques semaines plus tard. Il avait exercé un métier à responsabilités, fort bien payé, puis bien géré son argent, l’héritage laissait de quoi acheter une maison, nous nous installâmes en Picardie, dans un belle vieille longère, près de Laon. Aujourd’hui encore j’ai du mal à me voir en propriétaire et parfois je pense : quand papa viendra, il faudra qu’il voit ça. Hé bien non, justement, il ne le verrait pas.

Au moment du déménagement et de l’installation, j’étais en forme. On sortait de l’été, mon humeur n’était pas encore redescendue. Je suis très sensible au raccourcissement des jours. Stéphane aussi allait bien. La nouvelle maison ne désemplissait pas. La Picardie est la région d’origine de Stéphane, celle où vivent sa famille et les quelques amis auxquels il tient. Comme je n’avais pas assez d’argent pour acheter dans le midi, près de ma famille à moi et que nous n’avions pas d’idée pour guider notre choix, ça avait été : et pourquoi pas dans l’Aisne ? Et voilà.

Les jours raccourcirent et nos mines s’allongèrent. La maison devint trop silencieuse. Même Liouba, notre persane, entra en hibernation. Et puis Stéphane traversa une curieuse période. Alors que j’alignais les heures de sommeil, il passait ses nuits dans l’atelier, construisis un énorme bar pour séparer l’entrée de la cuisine, je me demande encore aujourd’hui comment. L’envie le prenait n’importe quand et il quittait la maison emmitouflé, quel que soit le temps, pour un atelier non chauffé. Moi, je découvrais les enchères sur E-bay et lui achetai pour une poignée d’euros une belle lampe d’atelier chromée sur roulettes. Il était heureux, profitait enfin pleinement des bienfaits de son opération, que demander de plus à la vie.