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Clin d’oeil historique : états mixtes

1/01/2008

Bipo / Cyclo > Bipolarité adulte > Un peu d’histoire

Cette revue historique a été réalisée par Christophe Demonfaucon, président de lʼAFTOC et connaisseur de lʼhistoire de la psychiatrie française.

I - Autour des Etats Mixtes


Charles Féré reprenant l’historique de J.R.J.Dubuisson (1816) : Extrait de son ouvrage "La pathologie des émotions" 1892, édition Alcan :

"L’observation nous montre, en somme, que les différentes formes de mélancolie et de manie naissent sur un fond de dépression, qu’elles débutent par des phénomènes de dépression et de douleur morale, et qu’elles sont l’expression physiologique d’un état émotionnel unique, la douleur. Du reste l’analogie de nature de la mélancolie et de la manie est une notion ancienne : Alexandre de Tralles dit que la manie n’est que la mélancolie à sa dernière période. Arétée de Cappadoce regardait la mélancolie comme l’origine de la manie. Que la manie et la mélancolie aient une essence commune, que la mélancolie soit le commencement ou une simple modification de la manie, que les deux troubles puissent se succéder, se remplacer, s’interrompre mutuellement, c’est un fait reconnu depuis Arété (1) par un grand nombre d’auteurs (Bonet, Boerhaave, Willis etc.). Boerhaave, Cullen, Mead, considéraient aussi la manie comme une dégénérescence de la mélancolie. Haslam dit aussi qu’il ne faut pas les considérer comme des états morbides opposés (2) ; et Pargeter (3) avait reconnu le fond commun de dépression (collapse). Ferriar pense que la mélancolie et la manie se confondent souvent au début (4), Mayo ne les distinguent pas (5)

(1) 1839 - Trélat, Recherches historiques sur la folie, page 9
(2) 1809 - Haslam, Observation on Madness, page 35
(3) 1792 - Pargeter, Observation on maniacal disorders.
(4) 1818 - Medical history and reflexions, T.II, page 116
(5) 1817 - Th. Mayo, Remarks on insanity founded of the practice of J.Mayo.

Mélancolie maniaque par le Dr J.R Jacquemin Dubuisson


1816. Extrait de son ouvrage "Des vésanies ou maladies mentales". Paris

Observation d’une "mélancolie maniaque" à la page 165 (vieux Français) :

"un jeune homme de 18 ans, doué de beaucoup de dispositions et de facilités pour l’étude, avoit contracté l’habitude de la masturbation. Il maigrissoit peu-à-peu, perdoit l’appétit et les forces, et ressentoit des foiblesses et des malaises, lorsque le traité de l’Onanisme, par Tissot, lui tomba dans les mains. La lecture qu’il en fit ne l’éclaira que trop sur la cause de ses souffrances et de son dépérissement ; son imagination profondément affectée, exagéra â ses yeux les maux qu’il ressentoit ; il se persuada qu’ils étaient sans ressources, et il s’effraya sur les suites funestes qu’ils devoit avoir. La pensée cruelle et désespérante de se croire voué â une mort douloureuse et prompte, l’affligea et le tourmenta péniblement. Les craintes et les terreurs qu’il en eut, troublèrent ses idées, aliénèrent sa raison, et le plongèrent dans une mélancolie maniaque. Ce jeune homme, sans cesse préoccupé par les idées sinistres d’une mort prochaine, crioit, se lamentoit, étoit dans une agitation convulsive, sans aucun repos ni sommeil, et refusoit tous les secours physiques et moraux qui lui étoient donnés. C’est dans ce triste état qu’il me fut adressé par M. le Dr Montaigu."

Dubuisson, dans ce même ouvrage (page 152, chapitre 4), donne le nom de métaptose à la transformation de mélancolie en manie. Nom qu’il avait déjà défini dans sa "Dissertation sur la Manie" en 1812.

1838 - Esquirol, dans son célèbre traité des maladies mentales, défini la lypémanie et la monomanie à côté de la manie, de la démonomanie, du suicide et de la démence. Nous pouvons y retrouver un certain nombre d’observations de cas mixtes.

Lypémanie, définition d’Esquirol : "La monomanie caractérisée par une passion gaie ou triste, excitante ou dépressive produisant le délire fixé et permanent des désirs et des déterminations relatifs au caractère de la passion dominante se divise naturellement en "monomanie proprement dite" ayant pour signe caractéristique un délire partiel et une passion excitante ou gaie et en monomanie caractérisée par un délire partiel et une passion triste ou oppressive. La première de ces affectations correspond à la mélancolie maniaque ? je lui consacre le nom de monomanie. La seconde correspond à la mélancolie des anciens, la tristomanie de Rush (Philadelphie 1812). Malgré la crainte d’être accusé de néologisme, je lui donne le nom de lypémanie".

1850 - Brierre de Boismont donne le nom de trépomanie â l’alternance ou la transformation de la manie et la mélancolie dans un article des Annales Médico-Psychologiques.

1852 - Guislain, sans parler encore d’états mixtes mais d’états combinés, les évoque dans ses Leçons orales sur les phrénopathies â Gand en 1852 à propos de la mélancolie et de la manie : "j’ai observé une fusion complète entre ces deux phénomènes, comprenant à la fois la tristesse et la violence". Il est cité par Ritti dans son Traité clinique de la folie à double forme (folie circulaire, délire à forme alternes). Ouvrage couronné par l’Académie de Médecine. Prix Falret 1880, Publication 1883.

Pour appuyer son propos, Guislain cite également des auteurs anciens : Arété, Coelius Aurelianus, Alexandre de Tralles, Boerhaave et signale la mania mélancolia de Lorry, la tristomanie de Rush, l’hyperphrénie mélancolique de Sclafer, et la rabiès mélancholica, "désespoir porté à un état de véritable fureur" (loc cité : Brocherieu, thèse de Paris, 1955, Contribution à l’étude des états mixtes de la PMD.)

1854 - Baillarger, dans son mémoire de l’Académie de Médecine sur la folie à double forme signale :

"des cas nombreux dans lesquels des symptômes d’agitation surviennent au début, à la fin ou même dans le cours de la mélancolie"

NB : 1851, lors de ses leçons cliniques, J.P Falret reprend les travaux de Griesinger et des prédécesseurs en y apportant des précisions cliniques indéniables, mais la folie circulaire reste encore le roulement de deux entités : la mélancolie et la manie.
C’est seulement après avoir écouté Baillarger lors de l’exposé de son mémoire à l’Académie de Médecine, qu’il recentre son propos sur une folie circulaire et retire de ses classifications manie et mélancolie, comme Morel (voir plus loin). C’est donc Baillarger qui, le premier, et véritable précurseur des "troubles bipolaires", fait de la folie à double forme une et unique maladie. Il en ressortira une bataille de priorité avec Falret. Cela ne retire en rien l’excellente pré-synthèse clinique de J.P Falret (reprise plus tard par Magnan et Kraepelin) et la solidité clinique et nosologique de Baillarger. Nous pouvons remarquer entre les deux auteurs, quelques nuances cliniques autour des intervalles lucides spécifiant la folie à double forme de la folie circulaire.

1893 - Magnan, Recherche sur les centre nerveux deuxième série, page 508 dit : "dans les accès cycliques, les phases homologues ont, en général, de grandes ressemblances, et ce n’est pas un effet des moins curieux que de voir, à chaque cycle, le sujet se présenter constamment de la même manière dans un contraste permanent pour chaque phase, évoquant les mêmes souvenirs, exprimant les mêmes idées, les mêmes sentiments, les mêmes craintes, les mêmes joies, les mêmes sympathies, les mêmes antipathies, et cela dans les mêmes termes. Un malade de Marcé désignait du nom de crise rose et de crise noire les deux phases de ces accès cycliques. Quant aux accès combinés, en dehors des accès cycliques, ils peuvent présenter les plus grandes variétés ; tantôt deux, trois accès maniaques suivant un ou plusieurs accès mélancoliques ; d’autres fois, c’est l’inverse qui se produit, et si l’on voulait donner un nom â toute ses variétés, on aurait pas seulement la double forme, la forme circulaire, les formes alternes, mais ont trouverait facilement des triples, des quadruples formes, des doubles, des triples alternes etc."

1897 - Krafft-Ebing dit dans son Traité clinique de psychiatrie traduit par Laurent, page 504 pour la psychose circulaire : "les deux états se confondent pendant la transition On peut aussi observer le phénomène particulièrement noté par Meyer, des symptômes temporaires élémentaires de l’état opposé à celui du tableau présent, surgissant dans le tableau mélancolique ou maniaque."

II- Naissance de l’Etat Mixte


1818 - Heinroth (Allemagne) signale dans sa classification, trois genres :

Le premier spécifie l’exaltation (état extatique et manie)
Le deuxième spécifie la dépression (obtusion)
Le troisième, nommé mixte spécifie la confusion agitée et l’anxiété.

1850 - Jacques Moreau (de Tours) spécifie l’état mixte, entre raison et folie héréditaire, autour du libre-arbitre, des affects et de l’intellect dans un article publié dans l’Union Médicale "Un Chapitre oublié de la pathologie mentale.. Chapitre II. Conditions étiologiques ou pathogéniques de L’ETAT MIXTE, et tiré à part aux éditions J.J. Victor Masson Libraire. Paris.1850

1860 - Jules Falret, fils de JP Falret, cite le terme d’état mixte pour évoquer des "idées prédominantes souvent de nature triste, au milieu d’un état d’excitation simulant la manie véritable". En 1861, il dit, lors d’un discours prononcé à la Société Médico- Psychologique : "à ces états mixtes si fréquents, on doit ajouter des états inverses, une confusion extrême des idées qui est alliée au calme des mouvements et aux apparences de raison qui ne sont conciliables qu’avec les délires partiels"

1862 - Marcé admet que la manie et la mélancolie peuvent se transformer ou alterner et signale des formes mixtes dans son Traité pratique des maladies mentales. Paris Baillère. (loc.cité par Benoît, Thèse de Paris. L’état mixte de la PMD.1956.)

1880 - Ritti, dans son Traité clinique de la folie à double forme (folie circulaire, délire â forme alternes). Page 195. Ouvrage couronné par l’Académie de Médecine. Prix Falret 1880 - Publication 1883, admet deux degrés de la folie à double forme, qu’on distingue dʼaprès la présence ou lʼabsence de conceptions délirantes...

- Accès au premier degré : état mélancolique / simple éxaltation maniaque (BP.II. Dunner, Akiskal)
- Accès au second degré : mélancolie avec délire, avec stupeur / manie aïgue, conceptions délirantes, incohérence, etc’Il signale que : ’Cette classification est incomplète, car le nombre des cas mixtes est élevé

1883 - Mordret dans son mémoire suivant de près celui de Ritti se pose la question du rapport de la folie à double forme et de la manie. Il constate qu’elles peuvent quelquefois coexister, quelquefois se transformer lʼune à lʼautre, tantôt être parfaitement distinctes, tantôt presque se confondre (loc.cité par Couchoud ? Histoire de la manie, Tastevin et Couchoud, Sciences psychologiques. 1913)

1886 - Schüle, dans la 5ème édition "Klinische Psychiatrie".Leipzig, décrit des formes de cyclothymie (Kahlbaum.1882) très proches des états mixtes.

III - LES ETATS MIXTES (au pluriel)


1861 - Jules Falret passe de l’état mixte aux états mixtes dans le discours prononcé en 1861, à la Société Médico-Psychologiques, dont un extrait est signalé au chapitre II et auquel s’ajoute :

"De ce fait, toute la ligne de démarcation entre les délires généraux et les délires partiels ne peut être maintenue, et les expressions hybrides et contradictoires de mélancolies maniaques ou de manies mélancoliques sont la condamnation la plus éclatante de la classification régnante.

Non seulement ces deux prétendues formes de maladies mentales présentent sous le rapport de leurs symptômes de grandes analogies, mais elles peuvent alterner chez le même malade â divers intervalles, ou peuvent se transformer l’une dans l’autre d’une manière régulière comme on l’observe dans la forme de maladie mentale décrite sous les noms de folie circulaire ou de folie à double forme".

Comme Baillarger, Falret devait condamner la distinction des délires partiels et généraux pour parvenir à faire la démonstration de la folie à double forme ou circulaire. Les états mixtes étaient à ce carrefour de la classification.

1882 - Magnan, dans son ouvrage Recherche sur les centres nerveux.1882, fait une classification en deux grands chapitres dont l’un s’intitule :

1) Etats mixtes tenant à la fois de la pathologie et de la psychiatrie.
2) les folies proprement dites, les folies intermittentes dans lequel il range la folie intermittente simple, circulaire, à double forme, alterne ; les folies des dégénérés et délires partiels puis les idiots, imbéciles, débiles, déséquilibrés.
Les travaux de Magnan influenceront Kraepelin.

1895 - Kraepelin tente une première synthèse avec le tableau suivant :
3) Manie.
4) Mélancolie simple, avec agitation, dépressive.
5) Folies périodiques délirantes, maniaques, circulaires, dépressives. Il est très proches conceptions des aliénistes Français.

1898-99 - Kraepelin transforme la folie intermittente en folie maniaque-dépressive dans la 6ème édition de son traité de psychiatrie

1903 - Rogues de Fursac (Manuel de Psychiatrie) et Gilbert Ballet signalent les formes mixtes. Ce dernier, dans le Traité de Bouchard et Brissaud 2ème édition, Xème volume, p 887 dit : "dans cette forme d’accès, on trouve associés, chez le même malade et au même moment, les symptômes de l’état maniaque et de l’état mélancolique ; elle présente un grand intérêt, car elle démontre la commune origine et la nature identique de phénomènes en apparence opposés, c’est à dire de l’excitation et de la dépression".

1903 - Gilbert Ballet est le premier â signaler dans ce même ouvrage : "l’obsession est plutôt du domaine des états mixtes. Elle réalise en général l’état mixte avec dépression affective et excitation motrice et psychique, analogue par conséquent à la mélancolie anxieuse".
Mélancolie anxieuse qui avait fait l’objet d’un article dans la "Presse Médicale" en 1902 , signalant déjà les obsessions.

1904 - Kraepelin synthétise la folie maniaque-dépressive avec états maniaques, états mélancoliques, états mixtes (Mischzustïnde). 7ème édition. Le premier des états mixtes découvert par Kraepelin se trouve être la stupeur maniaque. Suivront la manie furieuse, l’excitation avec dépression, la manie improductive, le dépression avec fuite des idées, l’inhibition maniaque. Avec ces six formes, il apporte une première description structurée des états mixtes.
Trois fonctions fondamentales de la folie maniaque dépressive représentent les états mixtes :
l’intellect, l’affectivité, la motricité.

1904 - Dès 1899, Weygandt, élève de Kraepelin, contribue à la description des états mixtes et note que parmi 150 cas de folie circulaire observé à la clinique de Heidelberg, environ 20% des malades avaient présenté un ou plusieurs accès de caractère mixte. La conception de Weygandt est très voisine de celle de Kraepelin. Atlas-Manuel de psychiatrie. Traduction Roubinovitch. Paris. Baillière. (loc cité par Brocheriou, Thèse de Paris, 1955, Contibution à lʼétude des états mixtes de la PMD)

1906 - Willmans signale la possibilité d’accès mixtes dans la cyclothymie (pris dans le sens de la clinique Allemande soit, des formes frustes de la Folie Maniaque Dépressive)

1906 - Pfersdorff rapporte des observations d’états mixtes (All.Zeitsch. f. Psych., 1906)

1906 - W.Serbsky (Moscou) écrit sur les formes mixtes dans les Annales Médico-Psychologiques

1906 - Franco Da Rocha (Brésil) publie un article dans les Annales Médico-Psychologiques sur la PMD. Il rejette l’unification "par trop exagérée" de la psychose maniaque-dépressive mais signale le type mixte "où se combine parallèlement les éléments des syndromes opposés. Ces malades chez lesquels les périodes de folie sont, par exemple, produites par la stupeur avec agitation motrice et tendance destructive sont très fréquents à Saint-Paul."

1907 - Deny et Camus publient Les folies intermittentes. La psychose maniaque-dépressive. Edition Baillière et fils. Ils consacrent tout un chapitre aux états mixtes et préfèrent à lʼinhibition maniaque, le terme de manie akinétique . Il concluent ce chapitre par : "Mais le point qui d’ores et déjà nous semble devoir être mis hors de doute, c’est l’extrême fréquence de ces formes mixtes qui relient les états maniaques et les états dépressifs. On peut, en effet, considérer les états maniaques et les états dépressifs purs comme étant situés aux deux extrémités d’une longue chaîne dont les nombreux anneaux intermédiaires sont formés par les états mixtes". Deny illustrera par un tableau expressif, ce passage, pour le Congrès de Nantes en 1909 - publication dans la revue Encéphale (voir la figure en fin d‘article).

1907 - Antheaume discours sur les psychoses périodiques et les états mixtes au Congrès de Genève. Il propose, à propos de ces derniers, une figuration à lʼaide de circonférences.

1909 - Gilbert Ballet présente également au congrès de Nantes, un schéma des six formes d’états mixtes de la psychose périodique qui sera publié dans l’Encéphale la même année. C?était une belle adaptation de lʼapproche de Kraepelin des états mixtes qui tient compte des changements bipolaires dans les 3 domaines de l?affect, de lʼintellect et de la motricité
- Manie furieuse
- Excitation avec dépression
- Manie improductive
- Dépression avec fuite d’idées
- Stupeur Maniaque
- Inhibition Maniaque

La communication de Gilbert Ballet commence par cette introduction : "la nomenclature des états mixtes telle que l’a proposée Kraepelin est disparate et ne parle pas assez à l’esprit avec une suffisante netteté. Voilà pourquoi j’ai cherché à schématiser".
Ce schéma sera très utilisé par la suite.

1909 - Pierre Khan, élève de Deny (la constitution cyclothymique) au chapitre 4 de sa thèse :
la cyclothymie. Editions Steinhel.Paris, développe les états mixtes et indique : "Or il existe des cas, très fréquents à notre avis, dont le syndrome clinique n’est que la traduction de l’excitation de certains de ces territoires psychiques combinés avec la dépression de certains autres. Toutes les combinaisons peuvent ainsi exister [ ] Alors que le mélancolique pur se tait et reste dans lʼapathie, parce que la dépression porte à la fois sur l’affectivité et sur la sphère intellectuelle, dans les cas mixtes de ce genre, le malade réfléchi sans cesse parce que, s’il y a dépression dans le domaine affectif, il y a excitation dans la sphère intellectuelle.

1903 à 1956 - Entre 1903 et 1914, dans ces années importantes, plusieurs discussions entre Séglas, Régis, Deny, Ballet confirmaient les tiraillements et les batailles autour de la psychose maniaque-déporessive et des états mixtes.
Séglas, Régis, Masselon, Remond et Voivenel, Chaslin, Deron ne suivaient pas Kraepelin, Deny et Ballet.
Pour illustrer l’avis d’un "anti-états mixtes", voici ce qu’exprime Régis au Congrès de Genève (1907) :

"la coexistence supposée de signes appartenant aux séries dépressive et excitée est plus apparente que réelle. On ne voit pas comment pourraient se combiner deux syndromes dont les caractères psychologiques sont opposés. On remarque, dit-il, combien la classification purement descriptive des symptômes sous les rubriques de l’affectivité de l’intelligence et de la motricité est schématique et le choix de ces éléments arbitraire ? quand bien même il serait incontestablement démontré et il n’en est pas ainsi, qu’on peut rencontrer au cours d’un état maniaque un ou plusieurs symptômes de caractère psychologique indiscutablement dépressif, non ne pourrait conclure de son existence à la combinaison des syndromes d’excitation et de dépression. Qu’il s’agisse d’affections mentales ou d’affections viscérales, un symptôme isolé d’un syndrome dont il fait habituellement partie ne pourra en aucun cas, à moins d’en être le maître symptôme, résumer en lui, du point de vue de la nosographie le valeur du syndrome".

Comme le dit Benoît dans sa thèse de Paris sur les états mixte de la PMD (1956) : "le rejet des états mixtes par Régis, n’est pas un rejet de la conception même, il est la conséquence inévitable des conceptions primitives de l’auteur, il est nécesssaire car admettre une pareille symptomatologie, c’est admettre la psychose maniaque-dépressive"

Par la suite, Kraepelin suit les travaux en cours et va dans le même sens que Ballet et Deny dans la huitième édition de son traité (1913).
Delmas, Dide, Guiraud, Binet, Simon (1909), Trenel, Toulouse (1921) Arnaud (1926) expriment leur opinion favorable au cours de discussion ou d’articles. Courbon, Nouet, Halberstadt, De Clérambault, Lautier (1924) publient des observations d’états mixtes.

Claude et Lévy-Valensi, dans leur ouvrage sur les états anxieux (1938) , déclarent considérer "la mélancolie ou mieux la psychose périodique comme la base de la plupart et probablement de tous les états anxieux constitutionnels" et ils évoquent le mécanisme de l’état mixte pour expliquer les faits d’anxiété maniaque." (loc cité par Brocheriou, Thèse de Paris, 1955, Contribution à l’étude des états mixtes de la PMD).

Henri Ey, dans ses études psychiatriques, tome III.1954, souligne le caractère mixte de certains états psycho-névropathiques et il écrit :
"le mélange d’exubérance et de dépression, d’exaltation et de découragement, d’anxiété et de refus, équivaut assez souvent â une sorte d’état mixte maniaco-dépressif névrotique" et que "c’est naturellement autour du problème de l’angoisse que se déroulent toutes ces manifestations cyclothymiques ou de crises névrotiques".

Michaux, Mlle Saulnier et Bureau (1952) acceptent les états mixtes mais y posent des limites.

A cette époque, de nombreux auteurs ont publié sur les états mixtes :
Italie : Fischetti, Felice Bruni (1953 : manie dysphorique, manie idéostatique)
Espagne : Pascual de Roncal,
Brésil : Pernembuco Filho et Heitor Peres,
Russie : de Frumkin et Philipenko,
Angleterre : Henderson et Gillepsie,
Etats-Unis : Jelliffe et White, Strecker, Ebaugh et Ewalt, Belbak, Nielsen et Thomson, Noyes, Cameron, Sommer.

Des travaux importants sont publiés sur les états mixtes à l’occasion de thèses de médecine


1938 - André-Jean Domergue, Considération sur les Etats mixtes de la Psychose Maniaco-Dépressive, diagnostic, Thèse de Lyon.

1955 - Jean-Maurice Brocheriou, Contribution à l’étude des états mixtes de la psychose maniaque-dépressive. Thèse de Paris.

1956 - Guy Benoît, L’état mixte de la psychose maniaque-dépressive, Thèse de Paris. 500 pages.

Enfin, le déclin des états mixtes arrive avec une manie et une mélancolie reconsidéré (unipolaire / monopolaire) comme entité spécifique et par là même, un appauvrissement de la psychose maniaque dépressive relégué au rang des extrêmes (BP.I).
Par exemple :

1957 - Léonhard introduit au sein des psychoses endogènes une dichotomie entre les formes bipolaires et monopolaires. Nous retrouvons ainsi le cadre nosographique de Régis et des "anti-états mixtes" qui de sucroît, considèrent la clinique des états mixtes comme trop schématique ou trop complexe.

A n’en point douter, la critique souvent schématique des états mixtes aura révélé la cécité clinique de leurs auteurs parfois très expérimentés (Séglas, Régis, Chaslin) et ouvert un boulevard â la schizophrénie, fille de la démence précoce, détourné de l’observation clinique et étendu démesurément par les théories psycho-dynamiques, sous la bienveillance discutable de Bleuler.


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